Ouais, charmant voisin, c’était bien moi qui hurlait du Deftones en dévalant les
escaliers parce que j’étais à labour. En fait, je ne hurlais pas du Deftones parce que j’étais à labour. Je hurlais du Deftones parce que j’avais Digital Bath dans le crâne. Mais
forcément, t’as pas reconnu, parce que Digital Bath ne se hurle pas. Et j’en ai braillé un peu plus que « Tonight I feel liiiiiiiiiiike moooooooooooore, tonight I… ». Pour me
faire pardonner du dérangement, je t’invite à boire un verre. Chez moi. Sous la couette.
Cette magnifique intro vous a été offerte généreusement par mes hormones.
N’être là que pour la baise, et surtout pas pour les mots tendres…
T’as raison, Miossec, mes hormones elles s’en tapent comme de leurs premiers émois, des mots tendres. Et moi j’écoute mes hormones parce
qu’elle disent des trucs plus mieux et moins perturbant que cette connasse de petite voix.
Foutu printemps. Je fais à peu près vingt-six rêves érotiques par nuit. Quelque chose comme ça. Des trucs complètement tordus. Pire que
l’histoire de Pete Doherty dans la maison de poupée. Et j’aimerais bien m’en souvenir pour vous les raconter. Négociez ça avec mon Surmoi.
Bon Zizanie, t’as fini de parler de cul à longueur de post. J’y peux rien si mes hormones dansent la polka, moi. T’y peux jamais rien. De
toutes façons, j’ai rien d’autres à raconter. Ben si, tu peux leur dire que tu dois être la seule couillonne qui s’offre un agenda au milieu de l’année. ‘Spèce d’anticonformiste. Même pas vrai.
D’abord, mon agenda, il démarre en juillet et il se termine en décembre de l’année suivante. Donc c’est un agenda super top. En plus y’a plein de place pour écrire tout ce à quoi ce pense à
longueur de temps. Non, pas mes rêves érotiques. Et c’est quand même un semainier. Si c’est pas trop la classe ça. Avoue que t’avais envie d’un Moleskine dans ton sac. J’ai le droit d’avoir des
envies subites. Qui me vident mon compte en banque. Je suis fauchée. Je ne sais pas comment je vais payer mon loyer les trois prochains mois. Je n’ai même pas envoyé mon CV. Alors que j’aurais pu
avoir le même poste que l’an dernier. Deux mois smicquement payés. Putain, j’abuse. Et mon MacBook alors ?
Pas envie de bosser. Pas du tout envie. Ça me saoule. Je fais ma gosse pourrie gâtée. Me dis que je pourrais facilement trouver une colo. Mais
encore moins envie. Non pas que les gamins soient pires que les agents de la fonction publique. Non, je ne parle pas des flics. Je parle juste de ces connards de gentils moutons qui n’ont que le
mot hiérarchie et dircab à la bouche. Ouais ben le dircab, il attendra. Y’a pas le feu au lac, et la flotte française ne va pas couler dans la prochaine demi-heure. Et m’étonnerait qu’il y ait un
soulèvement des armateurs avant que je termine de taper cette putain de lettre que tu m’as filé il y a trois minutes. Oui d’accord, la farde rose. Qui a dit que les fonctionnaires ne foutaient
rien ? Moi. Ouais ben t’es gentille Iznogood, mais je ne vais pas rester dans le bureau à attendre que le téléphone sonne alors que Bidule a besoin que je lui photocopie les contrats de je
ne sais plus quoi.
Donc non, je n’ai plus envie de bosser. Ça m’angoisse. J’essaye de trouver un stage. Mais j’suis pas pistonnée. Donc je ne trouve que des
trucs payants. Et je viens de le dire, je suis fauchée. Seulement, ce putain de stage, il faut que je le fasse. Si je veux avoir un dossier béton pour ma formation l’an prochain. Dis lecteur, si
tu connaissais un conservateur-restaurateur (peinture, sculpture, mobilier, arts graphiques, peu importe) qui accepterait de me prendre en stage, même quelques jours, tu me sauverais la mise. Ben
quoi, je tente. Sait-on jamais. L’art de glisser une annonce dans un post, l’air de rien. Ou presque.
Faudrait d’abord que je mettre mon CV à jour. Je ne suis pas du tout motivée, là. Attends que ça me tombe tout cuit dans l’assiette. Et puis
d’abord, je cuisine comme un pied. Et je n’aime pas ça. Surtout.
J’ai l’impression que je stagne. Je n’avance pas. Je n’ai pas envie d’avancer. Je me laisse paralyser. C’est rassurant. Parce que j’angoisse,
en fait. Pour changer. Vous connaissez le refrain. Je ne sais plus quoi faire pour avancer.
Un pas en avant, deux pas en arrière. Je m’efforce d’arrêter de penser à Tarabas. Dites ça à mon cerveau. Il faudrait qu’il se mette sur
pause. Je m’efforce de contrôler mes pulsions destructrices. Midona m’a dit quelque chose comme « je suis bien avec toi ». J’ai failli prendre mes jambes à mon cou. Non, c’est trop tôt.
Ce sera toujours trop tôt. Pourquoi elle me dit ça aussi, cette conne. Ta gueule, Zizanie. De quoi tu as peur ? De tout un tas de choses. De trop de choses. Voilà pourquoi je n’avance
pas.
Météo intérieure : Enormes nuages
gris
Dans les oreilles : Inti Illimani –
Tarantella
Sous les yeux : Mon agenda,
tiens