Mercredi 6 août 2008
Anodine.
« C’est quoi ta sonnerie ? »
Le générique de la première saison de The L Word. Une série.
« C’est pour ça que ça me disait quelque chose. »
Tu connais ?
« Mon ex était fan. »
Elle avait volontairement omis de préciser. Ex-quoi. Sourire. Et regard surtout.
« Tu fais quoi le midi ? »
Je vais lire mon bouquin sur la passerelle.
« Le truc derrière, là ? Tu lis quoi ? »

Je sors le livre de mon sac et le lui tends.

« C’est bien ? »
Je te dirai ça quand je l’aurai fini.

Elle lit la quatrième de couverture.
Sourire. Regard.

« Tu déjeunes pas ? »
Je n’ai pas faim.
« D’accord. A tout à l’heure alors. »
« Je t’accompagne, je vais fumer une clope. »

Cultivez-vous, qu’ils disaient.
J’ai fini par me plonger dans mon bouquin. Avec son image qui apparaissait en filigrane au travers des lignes. Un sourire au coin des lèvres. Un air qui me trotte dans la tête. J’aime les esquisses. Même si elles ne mènent à rien. Même si elles ne mènent qu’à me sentir un peu plus vide. J’aime ces instants où rien n’est joué. Ou tout peut encore exister. Ou tomber à l’eau. Mais qu’il y a encore quelque chose à faire.

Chasse et pêche. Je la laisse venir. Ça lui fera les pieds. J’ai déjà suffisamment mal aux miens. Ça m’apprendre à me jucher sur des talons pour aller fouler la moquette grisâtre du bureau.

Je m’ennuie. Je déteste ça. Je m’ennuie toujours. Il y a des coups de speed, où il faut tout gérer en même temps. Et son propre secrétariat, et celui des secrétaires qui sont en vacances. Ben tiens. Ceux-là, j’ai rien contre. Je préfère très nettement être active. Parce qu’il y a également des moments de grand calme. Où je dois imprimer un mail tous les quarts d’heure. Où je vais cent-cinquante fois regarder si à tout hasard y’aurait pas éventuellement du courrier. Sauf que non. J’attends. Je tourne en rond. Je cherche quelque chose à faire. Même une petite photocopie de rien du tout. Je n’arrive pas à rester en place. Ça fait tout drôle de rester assise à un bureau. Chez moi, mon bureau me sert à poser des trucs en vrac dessus. A rien d’autre. Je fais tout assise n’importe comment (comprenez : vautrée sur le canapé, sur le lit, en tailleur, un pied sous la cuisse, les pieds aux mur, sur une chaise, sur l’ampli, etc.) : bosser mes cours (si j’osais, je glisserais un mortdelol, je n’oserai pas, ah trop tard, c’est déjà fait), lire un livre, scribouiller ou jouer sur la bécane. Et puis d’un coup, il faut taper la lettre de machin pour bidule, traiter le courrier, photocopier une centaine de feuilles en trois exemplaires, répondre au téléphone et mettre à jour l’agenda. En même temps. Exactement ce qu’il me fallait. (attention ironie) De l’action. Il règne une pagaille pas possible sur le bureau en question. Mais je parviens à retrouver mes petits. Tout est bouclé en moins de dix minutes. Et je m’ennuie.
« Déjà ? Mais t’as été super rapide ! »
C’est vous qui êtes super lents.
Je m'ennuie.



Météo intérieure : Vent chaud

Dans les oreilles : The Rolling Stones - Gimme Shelter

Sous les yeux : Les mails du Grand Gourou
Par Zizanie - Publié dans : Soliloques
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