« Et en plus, il est musicien, il est batteur dans un groupe. Et il m'a invité à son
prochain concert, je suis trop contente. »
Fuis. Les musiciens, c'est les pires.
« Mais pourquoi tu dis ça ? Au contraire, c'est un artiste, sensible, tout ça. »
Ouais en gros, je traduis : le musicien est un spécimen névrosé à l'égo fragile qui a constamment besoin d'un faire-valoir qui le rassure. Concrètement : Qui n'acceptera pas que tu ne sois pas là
à tous ses concerts, qui te reprochera constamment de ne pas le soutenir. Mais qui te fera comprendre que ta projection de film / ton expo / ta soirée [rayez les mentions inutiles], à
laquelle tu lui as demandé de t'accompagner, ça le saoule / c'est pas son truc / il est fatigué / il a pas le temps [rayez les mentions inutiles]. Mais que c'est pas pareil, il a une
vrai passion, lui.
En outre, tu passeras toujours après (genre bien après, loin derrière) la musique. Concrètement : Qui n'annulera jamais une répét' pour partir en vacances avec toi. Ou qui te le reprochera
jusqu'à vos noces de cristal. Bien qu'il y ait de fortes chances pour qu'il te plaque avant. Pour faire le point. Parce que tu ne le comprends pas. C'est un artiste, lui.
Quoiqu'il arrive, tu auras toujours tort.
Enfin, moi je dis ça, je dis rien (mais je le dis quand même), c'est toi qui vois.
« Ah ben ça a le mérite d'être direct. Et ça sent le vécu. »
Euh.
Zizanie ou l'art de faire redescendre les copines sur terre. Ben quoi ?
Non mais c'est vrai. Elles sont vraiment pas possibles. C'est pas la première qui me fait le coup. Avec quel conte qui parle d'un prince charmant musicien on a rempli leur biberon ? Mes
références en la matière se trouvent limitées. Dans mon biberon à moi, ils avaient un cheval.
Alors je veux bien qu'une ado succombe à un mec qui lui gratterait vaguement du Tryo ou du Saez en vacances. Mais une fille à peu près intelligente dont les premiers émois commencent à dater,
non. Non, bordel, non.
Qu'on ne se méprenne pas, j'ai absolument rien contre les musiciens, bien au contraire. Je pense simplement qu'il est quasi-impossible (viendez pas me parler des exceptions qui confirment la
règle, ça compte pas) de construire quelque chose avec un musicien qui débute sa carrière / essaye d'en vivre / se projette sur les plus grandes scènes du monde / rêve que « partout dans la
rue, j'veux qu'on parle de moi, que les filles soient nues, qu'elles se jettent sur moi, qu'elles m'admirent, qu'elles me tuent, qu'elle s'arrachent ma vertu ».
Cela dit, si on veut s'en tenir au statut de groupie-plan-cul-éventuellement-fuck-friend, pourquoi pas. Connaissant bien les copines en question, j'aimerais éviter les ramassages à la petite
cuillère d'illusions brisées. Si l'on peut s'en passer, c'est mieux. Contes de fée dans le biberon puis magazines féminins par intraveineuse obligent.
Zizanie, t'es vraiment une garce / jalouse / garce jalouse [rayer les mentions inutiles], t'en sais rien du tout, si ça se trouve, ils pourraient vivre une belle histoire.
Garce, si tu veux. Jalouse, certainement pas. Je suis tout à fait capable de me trouver toute seule une relation destructrice (!). Pas plus que je ne suis du genre à rétorquer un « je te
l'avais dit » moralisateur quand elles viennent pleurer, après. Parce qu'elles viennent pleurer, après. Dans mon téléphone, sur mon canapé, dans mon oreille. Bref, c'est moi qui suis obligée
de supporter. Ma charité chrétienne a détourné un paquet de fric et coule des jours heureux dans un paradis fiscal avec sa tendre et fidèle épouse la morale. Laisse-la où elle est.
Il y a des moments où je comprends pourquoi j'ai passé tant d'années sans fréquenter cette étrange et énigmatique moitié de l'humanité. Certes, aujourd'hui, je m'y suis faite. A avoir des
copines. De plus en plus. Jusqu'à baigner dans ce bouillon d'hormones féminines. Comprendre leurs codes, les intégrer même. Mais non, je n'arrive pas à m'y faire. Une fille reste une fille. Elles
s'offusquent devant les différences de salaires mais ce seront les premières à te juger si tu enfreins les règles imposées par la bonne morale misogyne et que tu préfères jouer avec les codes de
l'autre moitié de l'humanité.
Quand je me remémore es moments où Sous-Commandant M. faisait le compte de mes proies histoires. Quand je me remémore sa « marge
d'erreur ». Et son sourire. Pas moqueur, le sourire. Pas hautain non plus. Bienveillant. Genre « t'es vraiment un phénomène, toi ». Et quand je les entends me faire comprendre que
c'est mal vu d'afficher (dans le sens de ne pas cacher, je ne m'amuse pas à dérouler mon tableau de chasse au premier rencart) qu'on a une expérience euh conséquente, parce que ça fait
fuir les hommes. Et qu'en plus, ça dégrade l'image des femmes. Je me dis que, putain. Les nimbes, je vous les laisse. Je ne suis pas une sainte, je ne veux surtout pas en être une. Et j'assume de
faire l'amour pas seulement dans le noir, sans se regarder dans les yeux tout le temps (en plus, dans le noir, ça me paraît compromis comme plan) et sans se dire je t'aime toutes les deux
mesures. Ah oui, parce qu'il paraît qu'on a pas le droit de s'éclater au lit avec la personne qu'on aime. Il paraît que c'est sale. Ah non, ça n'a rien de brodé. Il paraît qu'avoir une vie
monotone et des nuits monotones avec la personne qu'on aime, c'est normal. Et avec ceci ? Vierge ou presque jusqu'au mariage pour ne pas avoir de point de comparaison ? Putain. J'ai envie de
pleurer. Non mais c'est moi ou bien ? Il va sans dire que je ne leur raconte pas non plus mes ébats par le menu. Le coup du « on va se boire un verre et je te fait une fiche de lecture sur
mon amant de la nuit dernière » en mode Sex and the City, c'est pas non plus pour moi. Mais peut-être que je devrais.
Météo intérieure : Foudre
Dans les oreilles : Jacques Dutronc - L'espace d'une fille
Sous les yeux : Des cernes