Je suis malade, plaignez-moi, épisode deux. J'agonise. Je délire complètement. Je raconte
n'importe quoi depuis à peu près trente-six heures. J'ai de superbes montées de fièvre, des crises de panique, de grands délires zizanesques.
Je suis à plat, j'ai deux de tension, je me traine péniblement de pièce en pièce. Ça m'énerve, mais ça m'énerve. J'ai les cheveux sales et la flemme de les laver. Mes sourcils me narguent en
poussant n'importe comment, j'ai fait un malaise en essayant de les épiler. J'avais l'air bien moi, adossée à la baignoire, vautrée sur le carrelage, entre les toilettes et le lavabo. Oui, j'ai
une salle de bain de lilliputien. J'ai la tête dans un étau et les paupières gonflées, comme si j'avais passé des heures à pleurer (sauf que non, en fait). Je m'étouffe sous un tas de mouchoirs
usagés. Je suis une loque humaine.
La despote m'a dit de me méfier, la grippe est carabinée, cette année. Ben oui, je veux bien me méfier, mais je peux rien faire de plus. J'ai bien essayé de lui expliquer que les antibiotiques ne
servent à rien en cas de grippe, et que, par conséquent, je ne vois pas ce que le médecin pourrait faire de plus. En vain. J'ai même eu droit à un inventaire de tous les médicaments
qu'elle s'avale en ce moment. Parce qu'elle a failli mourir. Elle me l'a dit, la grippe est carabinée, cette année. J'ai répliqué avec mon traitement de choc : je continue à croquer mes comprimés
d'acerola tous les matins (enfin quand j'oublie pas), j'anesthésie ma gorge avec des pastilles et de la vodka, je me fais des tisanes de thym,
et je reste au chaud. J'ai la classe en pull bouloché et en chaussettes Homer Simpson. Si vraiment la fièvre ne baisse pas, j'avale du paracétamol et c'est tout. Juste de quoi filer un petit coup
de main à mes anticorps, qui sont là pour ça, bordel.
J'ai des envie de thé vert à l'amande et de scones. Je suis pas fan de thé. Excepté celui-ci. Oui, j'ai des envies bizarres, au milieu de la nuit. Ou alors d'un bon tajine végétarien. Ou encore
d'un smoothie. Fraises-banane-kiwi-yaourt. Il faudrait que j'adapte aux moyens du bord (manquerait plus que j'aille acheter des fraises au mois de janvier). Ou de chocolat martiniquais et de pain
au beurre. C'est ça, Zizanie, gras, sucré, et très calorique, t'as pas mieux ? De toute façon, faut que j'oublie, je ne suis pas en état de mettre un orteil dehors.
Faut que je m'occupe. Dis, généreux lecteur, tu voudrais pas m'envoyer de la pâte à modeler ? Je sens que je vais me rabattre sur la pâte à sel. Quand j'en faisais avec les monstres que je
gardais, je m'éclatais plus qu'eux. J'ai fait un affreux sublime porte-bougie. Et un monsieur mort allongé sur son lit. C'est jouissif, les activités régressives. Et ça peut même se révéler utile. Quand j'aidais la rebelle à monter sa maquette de
loft, projet pour son école qui lui avait laissé plusieurs mois mais évidemment réalisé en une nuit, j'ai fait tous les meubles en pâte Fimo. Après avoir découpé, assemblé et peints tous les
morceaux de carton-plume. De beaux fauteuils confortables, un canapé avec des petits coussin, un lit, une salle de bain, une table, bref j'ai tout aménagé. Et j'ai eu le malheur de les confier à
la rebelle, qui les a fait cramer au four. Ils étaient tout affaissés. Résultat : J'ai du recommencer à sept heures du mat' pour qu'elle puisse avoir quelque chose de présentable. Foutu
perfectionnisme. Ayez toujours une Zizanie sous le coude, elle saura vous sortir des mauvais pas et autres urgences de dernière minute.
Samedi, je suis censée reprendre le chant. Toute seule ou avec une inconnue. Pas motivant. En effet, l'une de mes collègues a mis bas début décembre, l'autre s'est exilée de l'autre côté de la
manche. Alors que j'avais choisi ce créneau parce qu'elle voulait rester dans le même cours que moi. Salope.
Je m'y prépare psychologiquement en regardant des vidéos de Jessye Norman. Je suis envieuse, émerveillée, sous le charme. Jusqu'à ce que je tombe sur Cas de divorce. Blondin contre
Blondin. Jessye Norman attendra.
Cas de divorce est une série truffée de talents. Le jeu des acteurs est tout simplement époustouflant. Ah la juge Bessière... J'y peux rien, je suis accro. Dès que j'entends le très
recherché générique, je ne réponds plus de moi-même. Deuxième épisode : Maillard contre Maillard. Cool, un adultère. Avec le juge François et son brushing impeccable, cerise sur le
gâteau. L'étudiante qui trompe son prof pervers de mari qui lui, l'infantilise et l'oblige a dormir dans un berceau. Il n'y a que Cas de divorce pour monter des scenarii pareils. Le
témoin de Maitre Dupuis en veste en faux-cuir bleu électrique, chemise bleue claire et cravate à motifs. AB prod maitrise à fond le décollement de racines.
Heureusement que j'ai Cas de divorce pour occuper une heure de mes nuits blanches. Parce qu'en plus, la bécane n'en fait qu'à sa tête. Les porcs USB ne sont pas tout à fait en
osmose avec ma coccinelle de souris. Ça m'agace. Et puis je meurs. D'abord. Je veux une ablation de la tête. J'ai mal au crâne, en plus. Et j'ai les yeux qui brûlent. Oui, je sais, je devrais
aller me coucher, il est quasi sept heures du mat'. Aller dormir avant le verdict, nan mais ça va pas la tête ? Et rater les sourires entendus entre Maître Dupuis et Monsieur Maillard à propos de
ses romans pornographiques. Du petit lait. Ah, ça y est, le juge François va trancher ! Il démarre fort : « L'ignorance vaut mieux qu'un savoir affecté. »
Divorce aux torts partagés. Mouais. Je reste sur ma faim. Mais je peux aller dormir.
Météo intérieure : Bruine
Dans les oreilles : Satie par Jessye Norman – Je te veux
Sous les yeux : Ben Cas de divorce, tiens