A chaque fois, ça ne manque pas. Visite chez la despote prolongée, crise de boulimie assurée. Une
fois de plus, ça s'est vérifié. J'étais pourtant pleine de bonne volonté. Jusqu'au soir. Une fois que l'ambiance m'a complètement imprégnée. Mon frangin, dépressif mais surtout trop couvé, est
enfermé dans sa chambre et téléphone à sa femme mariée. Le géniteur s'est carapaté, comme à son habitude. Je suis mauvaise langue : il bosse. Doublement. Pour se payer la voiture familiale
de ses rêves. La despote, elle, pratique l'échangisme. Mais seulement celui des névroses. Avec une amie contagieuse, qui lui refile toutes ses superstitions, mais surtout, qui la plaint. Et c'est
tout ce qu'elle demande, la despote, qu'on la plaigne de toutes les maladies imaginaires dont elle souffre, qu'on la plaigne de sa vie ratée, mais néanmoins choisie. Parce que, comprenez, il n'y
a pas plus malmené au monde que la despote. Si on l'écoute, elle est entourée de sadiques, qui ne pensent qu'à lui faire de la peine, à la rendre malade, à la tuer.
Comment préparer mon audition de chant dans ces conditions ? Dernière répét' aujourd'hui. Je développe des erreurs de dernière minute, alors que mon morceau était (presque) parfait la
semaine dernière. De la note pas très juste à cause du souffle à l'oubli de respiration. Oui Marie-Baleine, je la vois bien ta mouette géante, stabilotée au milieu de ma partoche (qui est une
photocopie, qu'elle ose approcher la pointe de son surligneur de ma partoche et je n'hésiterai pas une seconde à lui planter mes crocs dans la main). Pour ceux qui causent pas musique ou
zizanien, on gribouille les respirations comme des mouettes. Mais si, tout le monde (ou presque) a rapidement dessiné des mouettes en forme de V. Et sur la partoche, ça fait le même effet, quand
elle m'en fout partout, j'ai plein de mouettes qui volent au milieu des mesures. Tout ça pour ça.
Et même sur mon petit Satie qui roule tout seul, qui est plutôt vachement facile, ben une fois que le trac a fait peur à mon diaphragme tétanisé, si j'oublie de respirer, je m'asphixie et
j'enroue. Non, je ne parle pas de l'ouverture de mon appareil photo, ni du moyen de contraception mais du muscle situé sous le thorax. En résumé, ça rauque comme une otarie quand j'oublie de
respirer, et ça couine comme une souris sous une chaussure quand mon périnée flemmarde. Bon, comme ça peut prêter à confusion, je précise qu'il s'agit seulement de chant. Oui, on se sert d'un
muscle aussi loin des cordes vocales pour chanter. Alors il a intérêt à être tonique, et nous, à laisser notre pudeur de côté. Parce que si c'est verrouillé en bas, plus rien ne sort en haut. Et
sur le Mozart, ne pas respirer n'est même pas envisageable. Sinon on meurt. Non, je ne dramatise rien du tout.
J'ai flippé toute la semaine à l'idée de tomber malade. Alors j'avais une écharpe même en plein cagnard. Parce que je me connais, je tombe toujours malade avant un truc important. Meuh si, c'est
parfaitement fondé. Le stress endort nos défenses immunitaires, et un système immunitaire fragilisé laisse passer le moindre microbe. Non mais c'est scientifique hein, je sors pas ça de mon
clavier. D'accord, on croirait lire une pub pour un yaourt, mais c'est pas de la publicité mensongère.
Ben j'ai quand même eu droit au squattage de mon arrière-gorge par une putain d'allergie. Non mais c'est vrai quoi, qu'est-ce qu'il leur prend aux plantes de se reproduire au printemps ? Et
qu'est-ce qu'il leur prend surtout de faire voler leur patrimoine génétique jusque dans mon nez ? Est-ce que moi je vais te coller mes ovules dans le pistil ? Bon d'accord, ça marche
pas, parce que ceux qui ont regardé des pornos végétaux dans leur adolescence savent que le pistil c'est un truc de femelle, le pollen un truc de mâle. Et qu'il faut des deux pour faire un bébé
végétal. De toute façon, ça ne marche pas avec un préservatif. Donc qu'est-ce que ça peut vous foutre que deux femelles essayent de se reproduire ensemble ? La planète est suffisamment
repeuplée comme ça. Tu pourrais me rétorquer que mes ovules ne sont pas assez dynamiques pour se mouvoir jusque dans l'utérus d'une fleur. Rien que s'échapper de mon corps, d'ailleurs. Ah si,
mais à ce stade, il n'est plus vraiment opérationnel en tant qu'ovule. Cela dit, j'ai que ça sous la main, alors je fais ce que je peux.
Météo intérieure : Putain de printemps
Dans les oreilles : Radiohead - Ripcord
Sous les yeux : Check-list avant décollage pour faille spatio-temporelle