Je comprends parfois pourquoi elle me fait cet effet là. Et parfois non.
Toujours est-il que jeudi matin, au milieu de la nuit (comprenez : aux aurores), on a pris la voiture pour aller faire un tour. Et qu'on a atterrit en Normandie, deux heures plus tard. Plage
déserte, ciel dégagé, horizon à perte de vue. Dépaysement garanti. Et efficace.
Jolene avait posé deux jours de congé, on était libre comme l'air. On a décidé de prendre la route sur un coup de tête. Une sorte de défi. Et si on allait voir la mer ?
Bien évidemment, on est parties les mains dans les poches. En tongs.
Autrement, ça aurait perdu tout son charme.
Autant la côte d'Azur et la méditerranée me laissent indifférente, autant l'atlantique me fait toujours de l'effet. Je déteste l'été, je déteste faire bronzette sur la plage, je n'aime pas me
baigner. Seulement, ces quelques litres d'eau salée ont un fort pouvoir hypnotique et parviennent toujours à me charmer.
J'avais du sable mouillé entre les orteils, sensation désagréable, que je n'ai jamais supporté, depuis que je suis gamine. Une nuit blanche dans les pattes (forcément, pour être dehors à l'aube,
il faut que je ne sois pas encore couchée). J'avais subi deux heures de voiture avec l'estomac qui s'entrainait à faire des saltos arrières dans mon ventre. Mes démons commençaient à reprendre le
contrôle de mes émotions.
D'un coup, pfiou ! Toutes les contrariétés s'envolaient, je me remplissais de sérénité. Je ne pensais plus à rien. A rien d'autre qu'imiter la mouette emportée par le vent. Les bras grands
ouverts, à courir sur la plage en produisant des sons incongrus. A regarder les bigorneaux s'enfouir dans le sable. Et à commenter surtout, comme s'il s'agissait d'une épreuve olympique.
A terminer la journée sur le rebord d'une fenêtre, en plein orage. A poser mes lèvres sur sa peau ruisselante. A sentir ses dents s'enfoncer dans mon cou.
C'est d'un niais, ma fille. Ranafout. Cette petite escapade a apaisé les tensions de la semaine dernière. Gageons que je n'attendrai pas la semaine prochaine pour reprendre le cours de mes
conneries. Non, ce n'est pas une fatalité, mais je me connais assez bien pour savoir que je vais avoir besoin de compenser toute cette niaiserie très vite.
Ta gueule, Zizanie.
Je commence à en avoir assez des étiquettes. Ce besoin de faire rentrer les gens dans des petites cases.
« Oh, je savais pas que t'étais lesbienne ! »
Moue hypocrite en option.
Traduction : Tu me l'avais caché ! Parce ce sont des déviances choses qui doivent s'avouer. Si j'avais su, je ne me serais pas changée devant toi.
Ben non, j'suis pas lesbienne. Je suis jolenesexuelle.
Bon, là, en l'occurrence, c'était de la part de quelqu'un dont je n'ai rien à faire. Donc, ça ne me touche pas plus que ça. Mais ça devient récurent. Et fatigant. De la part de gens très
différents.
Avant, mes frasques entraient dans la case « phénomène de mode ». Maintenant qu'ils se rendent compte que ce n'est pas une passade, que ce n'est pas pour me la jouer
« chiennasse ». Ou, à l'opposé, que ce n'est pas une couverture, parce que je n'assume pas. Je sens comme un blocage.
Si j'ai décidé de ne pas faire de choix. En fait la formule ne va pas du tout, puisque ce n'est pas un choix. Bref. C'est bien parce qu'autrement, j'aurais l'impression de renier une partie de
moi. Et c'est justement là que je n'assumerais pas. Sauf qu'ils ont décidé de ne pas le comprendre.
Ce que je comprends surtout, c'est que je vais devoir faire avec.
En fin de compte, j'ai juste envie de dire :
Sale pute, ta chatte, ta chatte, ta chatte !
Météo intérieure : Tempête
Dans les oreilles : Ivan avec un i - J'aime plus les filles
Sous les yeux : Ben Stratégie de l'échec, tiens !